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Discours de la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, Angela Merkel, au Parlement européen

Orateur :
Angela Merkel
mercredi, 07. novembre 2012
Lieu :
Bruxelles

Monsieur le Président, cher Martin Schulz,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui. Depuis la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne en 2007, c’est la première fois que j’en ai l’occasion. Et j’aimerais profiter de cette occasion pour vous exposer mon point de vue sur l’état de l’Union, non pas certes en priorité sur le cadre financier à moyen terme, mais nous reviendrons sûrement tout à l’heure sur ce sujet au cours de la discussion.

Le 9 novembre, c’est-à-dire dans deux jours, marquera le 23e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Le 9 novembre 1989 a été un moment vraiment heureux de l’histoire allemande et de l’histoire européenne dans son ensemble. Cette date marque le début d’une ère de liberté, d’unité et de démocratie dans toute l’Allemagne et dans l’Europe entière.

Nous, Allemands, n’oublierons jamais que le développement heureux de notre pays est indissociablement lié à l’histoire de l’Union européenne. Nous n’oublierons jamais que nous devons aussi cette évolution à la soif de liberté et au courage de nos voisins de l’Est en particulier.

Nous, Allemands, sommes conscients de la responsabilité qui nous incombe pour assurer la prospérité future de l’Union. C’est dans cet esprit que le gouvernement fédéral allemand mène sa politique au service de notre pays et au service de l’Europe.

J’aimerais rappeler aujourd’hui un élément fondamental, un levier de la construction européenne, à savoir la liberté qui, seule, permet une existence pacifique et prospère. La liberté doit toujours être défendue sous toutes ses formes : la liberté d’expression, de la presse, de religion et de réunion. Sans la liberté, l’État de droit n’existe pas. Sans la liberté, il n’y a ni diversité ni tolérance. La liberté est le socle de l’Europe unie et déterminée.

Précisément en cette rude épreuve que l’Europe traverse aujourd’hui, la force de la liberté peut aider l’Europe à sortir plus forte de la crise. Car c’est cette force de la liberté qui nous permet d’oser le changement, j’en suis persuadée. Or il nous faut justement oser le changement maintenant si nous voulons pouvoir affirmer notre place, en tant qu’Union, dans la compétition internationale en ce XXIe siècle.

Au cours de mes déplacements en dehors de l’Union européenne, en Asie par exemple, j’ai découvert ces dernières années de nombreux pays dynamiques, ambitieux et en plein essor. Ces pays ont les yeux rivés sur l’Union européenne. D’un autre côté, j’y suis souvent confrontée à cette question sceptique : cette expérience européenne va-t-elle résister à la crise ?

Cette question montre clairement que la grave crise actuelle domine la perception de l’Union européenne, également vu de l’extérieur. C’est donc à nous qu’il appartient de modifier à nouveau le regard sceptique sur l’Europe et de rattraper notre retard face à la concurrence mondiale en travaillant durement à l’intérieur de l’Union.

Pour cette raison, ce n’est pas seulement un grand honneur que l’Union européenne se voie décerner cette année le prix Nobel de la paix. Ce prix si illustre attribué à l’Europe en plein milieu de la plus grande crise qu’elle ait connue depuis l’adoption des traités de Rome il y a 55 ans est, de surcroît, un signal politique extrêmement précieux à l’endroit du monde mais aussi pour nous Européens.

Martin Schulz va recevoir ce prix à Oslo en compagnie du président du Conseil européen et du président de la Commission européenne. Je suis heureuse de voir que plusieurs de mes collègues ont décidé comme moi de prendre part à cette cérémonie. Nous entendons ainsi souligner que l’Union européenne, c’est nous tous, les 500 millions de citoyennes et citoyens de l’Union. Car nous le savons tous : nous, Européens, sommes unis pour le meilleur.

Le prix Nobel de la paix nous engage à ne jamais l’oublier, quels que soient les défis et la difficulté de notre travail au quotidien. En prenant cette décision, le Comité Nobel nous rappelle l’importance de nous concentrer à nouveau sur ce qui est vraiment essentiel dans la crise actuelle. Or l’essentiel, ce n’est pas le niveau de la dette, les coûts salariaux unitaires ou les taux de croissance, même si tous ces aspects sont importants. L’essentiel en fait, c’est plutôt de comprendre que notre monnaie commune est bien plus qu’une simple monnaie. Elle est le symbole de la réussite de l’unification de l’Europe dans la paix et la démocratie, le symbole d’une Europe fondée sur la liberté, la prospérité et le progrès.

L’enjeu actuel n’est donc pas moins que de sauvegarder pour nos enfants la chance et le bonheur de l’unification européenne. Le prix Nobel nous engage à créer tous ensemble une Union meilleure, une Europe de la stabilité, une Europe forte.

Dans son discours d’entrée en fonction comme nouveau président élu du Parlement européen, Martin Schulz disait à juste titre – je cite : « soit nous perdons tous, soit nous gagnons tous ». Notre attitude à tous, Mesdames, Messieurs, ne peut être que celle-ci : nous voulons gagner ensemble et nous gagnerons ensemble. Voilà en tout cas mon objectif.

Ensemble, nous pouvons valoriser notre modèle européen qui associe la réussite économique à la responsabilité sociale. Mieux encore, nous pouvons le consolider, ensemble, pour qu’il devienne plus fort que jamais. Pour cela, nous devons retrouver, ensemble, la force de la liberté et oser le changement.

Nos efforts pour vaincre la crise commencent déjà à porter leurs fruits, c’est visible, tant au niveau des États membres que dans la mise en place de nouveaux instruments de gestion de crise. Et pourtant, nous ne devons pas nous satisfaire de nos acquis. Il reste tant à faire pour rétablir la confiance dans l’Union européenne tout entière. Nous ne devons pas nous arrêter à mi-chemin.

Je vous le promets : l’Allemagne mettra tout en œuvre pour que l’Union européenne puisse tenir à l’avenir également sa promesse de liberté et de prospérité. Je suis ici aussi parce que je compte sur votre appui, parce que l’on voit de nouveau progresser les forces qui considèrent que nous pourrions nous reposer maintenant et que nous n’avons pas besoin en fait d’opérer un renouveau de l’union économique et monétaire car, avec les mesures prises pour faire face à la crise aiguë, le travail est déjà fait.

À mon avis, c’est absolument faux. Au lieu de nous reposer, nous devons au contraire veiller pas à pas, à tous les niveaux de l’Union, à ce que les avantages de l’Europe puissent se redéployer : la liberté, la dynamique et la prospérité que l’Union européenne peut nous offrir à l’intérieur de ses frontières, ainsi que la capacité d’agir et l’autorité que l’Union européenne nous confère dans le reste du monde.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, déclarait dans le discours sur l’état de l’Union qu’il a prononcé le 12 septembre devant cette Haute Assemblée – je cite : « Il est essentiel d’achever l’union économique et monétaire. » Il est vrai que nous devons trouver maintenant le bon chemin pour stabiliser dans la durée l’union économique et monétaire en remédiant à ses défauts de construction. Ce faisant, nous devons être ambitieux et exigeants et nous ne devons pas non plus craindre de modifier, si nécessaire, les fondamentaux légaux de l’union économique et monétaire. Ce processus d’approfondissement de l’Union européenne est indispensable. Dans cette optique, je vous considère, vous le Parlement européen et la Commission européenne, comme des alliés, je tiens à le souligner.

La crise actuelle est sans précédent. L’Union européenne est un édifice unique au monde. C’est pourquoi nous devons faire à l’heure actuelle aussi ce qui a rendu à juste titre l’Europe célèbre : nous devons nous montrer inventifs. Nous devons trouver des solutions nouvelles, des solutions qui nous soient propres. Tous les États membres doivent procéder à des réformes, à des ajustements structurels et à des mesures de consolidation rigoureuses favorisant la compétitivité, afin de lutter efficacement contre les causes de la crise.

Je sais bien que c’est beaucoup demander aux habitants de certains États membres particulièrement touchés par la crise car ils souffrent de ces mesures, je le sais. Je peux en tout cas leur apporter une bonne nouvelle en ces moments difficiles, à savoir que les réformes commencent à porter leurs fruits. Leurs efforts ne sont pas vains. Ils en valent la peine. En Irlande, au Portugal et en Espagne, mais aussi en Grèce, les coûts salariaux unitaires ont sensiblement baissé. C’est un facteur important en termes de compétitivité. De même, les déficits des balances des paiements courants sont en recul.

À la politique de réformes déterminée des États membres en faveur de la compétitivité s’associe la solidarité de l’Europe sous la forme, par exemple, du nouveau plan de sauvetage permanent, le MES, le Mécanisme européen de stabilité. Ces deux aspects vont de pair, et ils sont d’égale importance.

Il y a interaction entre consolidation budgétaire et une croissance s’inscrivant dans la durée. Ce double objectif doit être poursuivi dans une même mesure. Je tiens à le redire dans cette enceinte, car nous opposons parfois l’une à l’autre. Nous avons besoin des deux. Nous vou¬lons une reprise de la croissance. Nous voulons une amélioration de l’emploi qui s’appuie sur des budgets solides. Mais nous sommes en même temps investis d’une responsabilité face aux générations futures, afin qu’elles ne soient pas privées de marges de manœuvre. La croissance repose sur l’activité d’entreprendre. Ce n’est pas quelque chose que nous puissions prescrire en termes politiques. Ce qu’il nous faut en Europe, ce sont des femmes et des hommes qui mettent en œuvre leur esprit d’entreprise. L’activité d’entreprise naît de la liberté, et de la flexibilité nécessaire. Nous devons y travailler en Europe.

C’est la raison pour laquelle le pacte pour l’euro plus prévoit des mesures destinées à renforcer la croissance et l’emploi dans les États membres. Nous avons ajouté à cet effet au traité budgétaire un pacte pour la croissance et l’emploi. Il s’agit, d’un côté, de faire un usage ciblé des fonds publics. Mais l’argent n’étant pas tout, nous créons, d’un autre côté, le cadre d’une nouvelle croissance avant tout en poursuivant énergiquement le développement du marché intérieur.

Il convient d’appliquer rapidement les mesures du pacte dans nos législations. Car cela libé¬rera des forces de la croissance, ce qui est déterminant pour notre avenir. Le Conseil y sous¬crit, et le Parlement aussi, j’en suis persuadée.

Le cadre financier à moyen terme de l’UE que nous avons l’intention d’adopter dans deux semaines lors du prochain Conseil européen est aussi, bien entendu, une condition absolument primordiale pour que nous puissions donner les impulsions nécessaires à la croissance. Chaque euro dépensé doit créer une valeur ajoutée en termes de croissance et d’emploi, cela doit être le critère. Il ne suffit pas de dépenser de l’argent, il faut avant tout bien le placer, cibler les placements.

Si nous voulons éliminer efficacement les causes de la crise, nous devons nous livrer à un examen soigneux de nos politiques, à l’échelon national et européen. Il est tout aussi important de procéder à une analyse critique des défauts de construction dans l’architecture de l’union économique et monétaire, et d’y remédier ensuite. Nous ne réussirons à long terme que si nous faisons les deux parallèlement, j’en suis convaincue. C’est le seul moyen de créer une Europe forte, une Europe de la stabilité.

L’union économique et monétaire a été créée en 1992, il y a donc 20 ans, par le traité de Maastricht. À cette époque, ceux qui souhaitaient que l’union monétaire s’accompagne d’une véritable union économique n’ont pas été suffisamment soutenus. Ce fut donc une union monétaire pratiquant une politique monétaire entièrement communautarisée qui vit le jour, tandis que l’union économique, elle, n’était que faiblement équipée. Nous devons faire face aujourd’hui aux conséquences de ces décisions, conséquences qui se sont révélées seulement après l’introduction de l’euro tout d’abord de façon dissimulée, puis ouvertement.

Ainsi, au lieu de se réduire, les écarts de compétitivité entre les États membres de la zone euro se sont creusés. Il suffit de voir comment ont évolué les coûts salariaux unitaires. Jean Claude Trichet, en sa qualité de président de la BCE, a souvent attiré notre attention sur ce point, mais sans être bien entendu.

Dans certains États membres, il a été en outre possible pendant des années d’accumuler des montagnes de dettes sans que cela n’entraîne une hausse des taux d’intérêt ou l’application des sanctions initialement prévues à cet effet dans le pacte de stabilité et de croissance.

Tout cela montre bien que les problèmes que nous connaissons actuellement remontent en partie bien avant le début de la crise actuelle.

Ces problèmes diffèrent bien entendu dans chaque État membre. Ce sont la dette publique, les crises bancaires, l’endettement du secteur privé et le manque de compétitivité. De plus, la crise financière et économique mondiale de 2008/2009 a contribué à un durcissement massif de cette situation en Europe.

Néanmoins, si tous les États membres avaient respecté les valeurs limites convenues à l’échelon européen et avaient veillé, en procédant à des réformes, à accroître leur compétitivité, jamais l’union économique et monétaire, même avec une union économique fragmentaire, n’aurait connu une telle crise. Mais dans les conditions existantes, l’action cumulée des atteintes d’origine interne et des défauts de construction a été presque fatale à l’Europe.

Je considère donc qu’il est très, très important pour nous de tirer vraiment les leçons de cette crise. Nous devons veiller à ce qu’une telle situation ne se reproduise plus. Et nous devons veiller à ce que l’Europe sorte plus forte de la crise. Pour ce faire, nous devons analyser les déficits au moment de la création de l’union économique et monétaire, et renouveler ses fondements. En outre, il nous faut assurer la fiabilité à l’échelon national, dans les États membres, en respectant enfin nos engagements.

Afin de montrer que nous ne faisons pas toujours ce que nous avons convenu, en tant que chefs d’État et de gouvernement, nous-mêmes ou nos prédécesseurs, je prendrai cet exemple : alors qu’il a été fixé que les dépenses de recherche-développement de chaque État membre de l’Union européenne doivent représenter 3 % de son PIB, il y a aujourd’hui des pays qui consacrent 0,7 % et d’autres 3,5 % de leur PIB à la recherche-développement. Mais pratiquement aucun ne s’en est tenu à la lettre aux engagements pris.

C’est pourquoi, à mon avis, quatre éléments sont décisifs à l’avenir :

Premièrement, une union économique et monétaire renouvelée a besoin de plus de politique financière commune. Elle est fondée sur des marchés financiers performants et robustes. Il faut donc définir exactement les conditions générales des marchés financiers, harmoniser la réglementation financière et veiller aussi à l’échelle mondiale à ce que ce soit le cas pour les marchés financiers internationaux. En outre, il nous faut créer un mécanisme européen de surveillance efficace pour les banques européennes afin d’être mieux en mesure de prévenir les risques systémiques encourus par notre ordre économique.

Les récentes décisions du Conseil européen ont clairement confirmé que la qualité doit l’emporter sur la rapidité. Il est très important que notre mécanisme de surveillance soit vraiment opérationnel. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de régler minutieusement les questions juridiques complexes. Car il faut que cette surveillance bancaire devienne digne de ce nom.

Deuxièmement, une union économique et monétaire renouvelée a besoin de plus de politique fiscale commune.

Nous avons déjà fait beaucoup de progrès dans le renforcement de la disci¬pline budgétaire grâce au pacte budgétaire. Je me félicite que sur les 12 États membres nécessaires à son entrée en vigueur, 11 l’aient déjà ratifié, en dernier la France et l’Estonie. Je pourrais parfaitement imaginer aller encore plus loin en conférant par exemple au niveau européen de véritables droits d’intervention dans les budgets nationaux lorsque les limites établies dans le pacte de stabilité et de croissance ne sont pas respectées.

Troisièmement, une union économique et monétaire renouvelée a besoin de plus de politique économique commune.

Nous le voyons très clairement aujourd’hui : la coordination de la politique économique n’a pas été et n’est pas assez contraignante. L’union monétaire ne dis-pose pas de moyens pour exiger et, s’il le faut, imposer systématiquement la nécessité d’axer l’action nationale sur le renforcement de la compétitivité comme base pour la pérennité de la croissance et de l’emploi.

Je voudrais encore une fois rappeler les propos tenus par Jacques Delors en 1989. Président de la Commission européenne à l’époque, il a attiré l’attention dans son rapport au sujet de la mise en place de l’union économique et monétaire sur l’importance des deux piliers de l’union économique et monétaire, je cite, « (…) une union monétaire qui ne s’accompagnerait pas d’une convergence suffisante des politiques économiques aurait peu de chances de s’inscrire dans la durée et pourrait nuire à la Communauté. »

La crise a montré combien l’analyse de Jacques Delors était juste. Elle a montré que les dysfonctionnements survenus dans certains États membres peuvent effectivement faire vaciller l’union monétaire dans son ensemble et donc nous tous, c’est-à-dire les vingt-sept membres de l’UE. Néanmoins, nous en sommes toujours au début du renforcement absolument néces¬saire de la coordination de la politique économique.

Que faut-il donc faire ? Lors du Conseil européen du mois d’octobre, nous avons eu une première discussion à ce sujet et sommes convenus que les domaines politiques revêtant une importance fondamentale pour le fonctionnement de l’union économique et monétaire doivent être examinés encore plus rigoureusement et encore plus précocement que par le passé. Car la perte de compétitivité d’un seul État membre devient vite un problème pour tous les autres.

Le renforcement de la coordination de la politique économique sera, le cas échéant, également nécessaire quand les domaines essentiels de la souveraineté nationale seront concernés. Je pense par exemple à des domaines sensibles comme la politique du marché du travail ou la politique fiscale. Nous devrons naturellement procéder avec circonspection. Le principe de subsidiarité et la procédure démocratique de chaque pays devront être respectés. Nous avons donc besoin de solutions qui instaurent un équilibre judicieux entre les nouveaux droits d’intervention nécessaires du niveau européen et la marge de manœuvre des États membres et de leurs parlements qui doit être préservée.

Les institutions européennes doivent être renforcées afin de corriger de manière efficace les dysfonctionnements et les infractions à la règle. Il faut enfin parvenir à l’établissement d’un véritable échange entre le niveau européen et le niveau national. Je plaide pour une nouvelle procédure échelonnée et différenciée dans le cadre de laquelle les États membres adoptent, avec l’approbation de leurs parlements, des accords de réforme contraignants et applicables avec le niveau européen, par exemple la Commission européenne.

Je peux aussi imaginer soutenir solidairement des mesures de réforme concrètes conduisant à une plus grande compétitivité à travers des incitations ciblées provenant d’un nouvel instrument financier de la zone euro. C’est là une idée pour l’avenir qui a évidemment besoin d’une base juridique viable et dont nous déciderons au Conseil de l’UE au mois de décembre ainsi que de toutes les mesures nécessaires à l’approfondissement de l’union économique et moné¬taire.

Je préconise d’adopter au mois de décembre une feuille de route ambitieuse pour un renouvellement de l’union économique et monétaire. Elle devra contenir des mesures concrètes que nous mettrons en œuvre dans les deux ou trois années à venir.

Mesdames, Messieurs, je tiens à le redire, le Parlement européen est notre partenaire dans tous les domaines. Il ne s’agit pas de provoquer une division de l’Union européenne et il ne s’agit pas non plus d’entreprendre quoi que ce soit contre le Parlement européen ou la Commission européenne. Il s’agit seulement de développer les interactions nécessaires entre les différents niveaux de telle sorte qu’elles puissent réellement conduire à un renforcement de la coopération en matière de politique économique dans le sens où Jacques Delors l’entend. Je pense que nous pouvons ainsi rétablir durablement la confiance et la crédibilité.

Car, soyons honnêtes, la crise de la dette des États européens est au fond une crise de confiance. On s’en rend compte quand on parle aux investisseurs hors d’Europe. Il faut tout particulièrement s’appliquer à rétablir la confiance. Un renouvellement des bases de l’union économique et monétaire est pour le bénéfice des citoyennes et citoyens européens, que vous tous représentez ici dans ce parlement. C’est pourquoi je compte sur votre soutien.

Je l’ai déjà évoqué : je sais qu’une division de l’UE en une zone à Dix-Sept et une zone à Vingt-Sept, bientôt Vingt-Huit, suscite des inquiétudes. Je pense que nous pouvons y répondre de manière convaincante. En premier lieu, l’approfondissement de l’union économique et monétaire est indispensable pour l’avenir de l’Union européenne dans son ensemble. En second lieu, une union économique et monétaire renouvelée sera également toujours ouverte aux pays sans l’euro qui le souhaitent. Il n’y a pas de club fermé des pays avec l’euro. Nous serons toujours accueillants. Car l’union économique et monétaire a été fondée pour que tous les pays puissent y participer.

En ce qui me concerne, je m’emploierai à ce que l’approfondissement de l’union économique et monétaire ne conduise pas à une Europe à deux vitesses mais à une Union doublement forte. Je suis profondément convaincue que pour atteindre l’objectif d’une Europe stable et forte, les États membres et les organes de l’Union doivent y travailler ensemble.

Mesdames, Messieurs, je sais aussi que la nationalisation de l’européen suscite des inquiétudes. J’ai cependant la conviction que si nous menons à bien nos projets, donc, si nous tirons vraiment la leçon de cette crise, ce sera exactement l’inverse qui se produira. Nous assisterons à une européanisation du national, et ce, à un rythme accéléré. Si nous saisissons cette chance et si nous comprenons que nous sommes plus forts ensemble que séparément en nous présentant comme l’Europe dans un monde globalisé, nous pourrons réussir.

Les parlement nationaux, de même que les gouvernements, exerceront une responsabilité accrue dans le processus d’intégration de l’Union. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, s’est déjà exprimé dans ce sens politique en qualifiant les parlements nationaux d’« institutions européennes » dans un discours prononcé à Bruxelles en février dernier. Cette idée peut être résumée de la manière suivante : l’Europe, c’est nous tous ensemble, l’Europe, c’est la politique intérieure. Un renforcement du dialogue des parlements nationaux avec vous, les députés du Parlement européen, aiderait également les parlements nationaux à s’acquitter encore mieux de leur mandat au service d’un avenir prospère de l’Union.

J’en suis convaincue : ensemble, nous sommes capables de créer une Europe stable et forte. Pour ce faire, nous avons besoin de plus de légitimité et de contrôle démocratiques. À mes yeux, il est essentiel d’exercer la légitimité et le contrôle au niveau auquel les décisions sont prises et mises en œuvre. Cela signifie que si une compétence du niveau européen est renforcée, il faut également renforcer le rôle du Parlement européen. Si des compétences nationales sont concernées, les parlements nationaux doivent naturellement jouer un rôle décisif.

Nous devrions également discuter ouvertement des conditions de légitimité des décisions au niveau européen qui ne concernent que la zone euro. Il faudrait par exemple réfléchir à la question de savoir si seuls les parlementaires des États de la zone euro seraient alors habilités à voter. Mais il ne s’agit pas de réfléchir, ce que l’on suppose parfois, à la création d’une nouvelle institution parlementaire. Le Parlement européen est la base.

Le renforcement de la légitimité et du contrôle démocratiques est un principe que nous devons respecter dans toutes les mesures destinées à approfondir l’union économique et monétaire. C’est la pièce maîtresse d’une union renouvelée. En tant que chef de gouvernement d’un pays, je déclare expressément que seule la légitimité par la voie parlementaire donnera une légitimité démocratique.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, le fait de prendre aujourd’hui à nouveau la parole devant le Parlement européen me rappelle naturellement l’année de la présidence allemande en 2007. Nous avons à l’époque réaffirmé nos convictions fondamentales dans la Déclaration de Berlin à l’occasion du 50e anniversaire de la signature des traités de Rome. Le président du Parlement européen de l’époque, Hans-Gert Pöttering, a signé cette déclaration au nom de votre Haute Assemblée. Cette signature en date du 25 mars 2007 peut rétrospectivement être considérée comme une percée dans les négociations difficiles qui ont finalement abouti à la conclusion du traité de Lisbonne.

À l’époque, il s’agissait de l’approfondissement de l’Union européenne dans son ensemble. Aujourd’hui, il s’agit d’approfondir l’union économique et monétaire pour renouveler la stabilité et la force de l’Union européenne. Dans la Déclaration de Berlin, nous avons écrit en 2007 ceci : « Notre histoire nous commande de préserver cette chance pour les générations futures. Il nous faut pour cela toujours adapter la construction politique de l’Europe aux réalités nouvelles. » J’en suis convaincue : c’est seulement en adaptant la construction politique de l’union économique et monétaire aux réalités nouvelles que nous serons à la hauteur de notre responsabilité.

J’ai évoqué au début de mon discours la question qui m’est parfois posée hors de l’Europe : l’expérience européenne va-t-elle résister à la crise ? Je vais également vous confier ce que je réponds. En tant que physicienne, je sais ce qu’expérimenter veut dire et peux donc affirmer que l’unification européenne est sortie depuis longtemps de la phase d’expérience, si tant est que l’on puisse la qualifier d’expérience. Pour rester dans l’image, en tant qu’Union, elle est en tout cas entrée depuis longtemps dans un état physique stable. Même si nous devons réajuster certains paramètres de notre modèle, ce dernier restera solide, stable et fort.

En tant que responsable politique, je dirai ceci : oui, nous allons poursuivre l’histoire à succès de l’Union européenne. Et l’Allemagne y apportera sa contribution. L’Union européenne réussira parce que la force de la liberté est une source de courage et d’inspiration pour nous autres, Européennes et Européens. Nous le savons : unis et résolus, nous sommes plus forts. Unis et résolus, nous sommes capables de défendre notre modèle social et économique euro¬péen dans un monde globalisé. Unis et résolus, nous pouvons servir de modèle à d’autres régions du monde comme union de paix, union de liberté et de prospérité. Cela – et pas moins – devrait être notre exigence commune.

Je crois à notre avenir européen commun. Zu unserem Glück vereint. Unis pour le meilleur. United for the better.

Je vous remercie.

jeudi, 08. novembre 2012

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