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Discours de Mme Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, à l’occasion de la cérémonie des vœux au Corps diplomatique

Orateur :
Angela Merkel
mercredi, 30. janvier 2013
Lieu :
à Berlin

à la Chancellerie fédérale

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Au nom de tout le gouvernement fédéral et notamment du vice-chancelier, notre ministre fédéral de l’Économie Philipp Rösler, ainsi que de tous les membres du gouvernement présents, j’aimerais vous souhaiter la bienvenue à la Chancellerie fédérale et vous remercier d’avoir accepté une nouvelle fois notre invitation cette année.

Les semaines qui viennent de s’écouler ont été bien remplies. Lors du défilé, j’ai pu remarquer et dire à certains d’entre vous que nous nous étions déjà vus dans d’autres configurations ou que j’avais du moins rencontré bon nombre de vos chefs le week-end dernier, à l’occasion du sommet UE-Amérique latine. En tout état de cause, je vous souhaite une fois encore, en mon nom propre comme au nom du gouvernement fédéral, une bonne et heureuse année 2013.

Vous y avez certainement tous été : la semaine dernière, la France et l’Allemagne ont célébré ici à Berlin un anniversaire particulier, les 50 ans du Traité de l’Élysée. Pour les Allemands, ce traité a une valeur toute particulière car il a scellé une amitié pérenne entre deux nations qui ont souvent et longtemps été en guerre et qui se considéraient comme des ennemis héréditaires. En avoir pleinement conscience, c’est réaliser la chance que nous avons de coexister aujourd’hui en amis.

Le Traité de l’Élysée montre ce qui est possible quand le changement correspond à une réelle volonté. Il montre que des ponts peuvent être bâtis par-dessus les fossés les plus profonds, que les changements sont possibles et qu’une amitié peut grandir entre les hommes et les femmes de différents peuples lorsque les jalons politiques sont raisonnablement posés. Je le dis aussi en pensant à vous qui représentez tant de nations du monde, face aux oppositions porteuses de conflits qui subsistent encore dans tant de régions. C’est pourquoi il est si important de ne jamais perdre la foi en notre courage de changer les choses, d’y travailler, de s’y tenir et de croire que le monde peut changer pour le meilleur.

Lorsque nous célébrons l’amitié franco-allemande à Berlin, ce n’est pas dans un esprit d’exclusion, notre interprétation de cette amitié est au contraire qu’elle est un pan de l’Union européenne. Nous savons que lorsque l’Allemagne et la France se comprennent, cela n’est pas automatiquement la solution à tous les problèmes européens. Mais on peut s’avancer sur une chose : lorsque l’Allemagne et la France n’ont pas d’idées communes pour régler un problème, résoudre celui-ci s’avère très, très difficile en Europe.

Nous sommes contents de voir l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui. Je salue ici les représentants des États membres de l’Union européenne et naturellement le représentant de la Commission européenne. Nous pouvons dire que nous avons une année bien remplie derrière nous, au cours de laquelle nous avons connu des succès. Par notre action commune, nous avons fait une grande partie du chemin pour surmonter la crise de l’endettement et surtout la crise de confiance traversée par l’Union européenne. Je me contenterai de mentionner ici le pacte fiscal, le mécanisme durable de stabilité et les structures de surveillance européennes communes pour les banques. Mais je sais aussi que dans beaucoup de pays de l’Union européenne, les réformes qui ont dû être accomplies sont parfois très dures pour la population. C’est pourquoi en 2013 aussi, nous devrons travailler en très étroite concertation.

Quels que soient les détails techniques que nous devons régulièrement régler en Europe et quelle que soit notre volonté de nous rapprocher davantage et de bel et bien abandonner une partie de notre souveraineté nationale, il n’en reste pas moins qu’au cours de ces dernières années où nous nous sommes battus pour l’Europe, nous avons aussi compris que cette Europe a bien plus à offrir qu’un simple marché commun et une monnaie commune. C’est avant tout un projet de paix et de valeurs communes. Ces valeurs communes qui sont pour nous tellement évidentes, la démocratie, la liberté d’expression, la liberté de religion, la liberté de circulation, la liberté des médias, ne vont pas de soi dans le monde entier. C’est pourquoi nous pouvons être vraiment fiers de nos valeurs et nous engager pour qu’elles trouvent également à s’appliquer dans d’autres parties du monde.

Nous le savons, l’Europe ou plutôt l’Union européenne ne représente que sept pour cent de la population mondiale. Je dis souvent que nous assurons encore environ 25 % du produit intérieur brut mondial – même si ce chiffre continuera à diminuer, tout comme notre poids dans la population mondiale – mais que nous représentons tout de même encore près de 50 % des dépenses sociales. Cela permet de mesurer l’ampleur du défi qui nous attend. Car il y a des pays émergents qui font preuve d’un fort engagement et souhaitent la prospérité pour la population de leur pays, que ce soit la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, le Mexique ou d’autres. Les étroites relations que nous entretenons avec ces pays sont de nature économique mais aussi politique, que nous agissions au nom de la République fédérale d’Allemagne ou de l’Union européenne.

Une dernière remarque sur l’Union européenne : nous avons été heureux, et aussi un peu fiers, que l’Union européenne reçoive le prix Nobel de la paix. Mais beaucoup se sont demandé ce que cela pouvait bien vouloir dire. J’ai pour ma part plutôt le sentiment que cette distinction nous honore et encourage particulièrement à une période de difficultés pour l’Europe.

L’un des fondements de la politique étrangère allemande est la relation transatlantique. Cela vaut aussi pour les relations entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique. C’est pourquoi je me réjouis que le vice-président des États-Unis se rende chez nous vendredi avant de se déplacer à Munich pour participer à la Conférence sur la sécurité. Nous sommes fermement décidés, et je suis très reconnaissante à David Cameron de l’avoir également en ligne de mire en tant que chef du G8, à travailler pour que le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis devienne une réalité. Dans mes lectures en lien avec le Traité de l’Élysée, j’ai pu constater que l’on y avait déjà travaillé il y a 50 ans. Mais même les projets les plus difficiles finissent un jour par devenir réalité. Il serait bon de faire ce pas vers une coopération plus intense. En matière de politique étrangère et de sécurité, nous agissons souvent de concert. Nous continuerons à développer cette relation transatlantique.

À propos d’action commune en matière de politique étrangère et de sécurité, j’aimerais aussi dire que l’Afghanistan sera pour nous un sujet particulièrement important cette année. Le moment du transfert complet de la responsabilité approche. Nous voterons demain le nouveau mandat de la Bundeswehr en Afghanistan et nous continuerons bien entendu d’accompagner le processus de transfert de près. L’Allemagne a assumé ses responsabilités. Mais nous espérons en premier lieu des progrès concernant la paix dans le pays et dans le règlement inter-afghan des problèmes. Nous savons que ce pays, comme tous les autres, n’entend pas être déterminé de l’extérieur mais veut au contraire trouver sa voie par lui-même.

Nous avons constaté, en début d’année, une recrudescence des assauts terroristes et extrémistes au Mali. Nous soutenons les efforts de l’armée française qui a été appelée et qui, dans un cadre juridique international clair, apporte sa contribution pour qu’un processus de paix et un processus politique maliens puissent avoir lieu au Mali. Nous savons ce que cela signifie pour l’ensemble de l’Ouest africain. L’Allemagne soutient le transport des troupes de la CEDEAO vers Bamako. Nous apporterons aussi notre appui à la formation de l’armée malienne. Nous contribuons ainsi à une étroite coopération avec l’Afrique, notre continent voisin.

Lors du sommet UE-Amérique latine auquel j’ai assisté, la question du trafic de drogue et de l’argent tiré de ce trafic a joué un grand rôle. Ce sujet est primordial d’une part pour les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine mais aussi, d’autre part, pour les Européens. Il nous suffit en effet d’observer la région du Sahel pour savoir que le trafic de drogue est également un grand problème entre l’Amérique latine, l’Afrique et l’Europe.

Les bouleversements que traverse le monde arabe mobilisent beaucoup nos efforts. Le président égyptien, M. Morsi, était aujourd’hui en Allemagne. Nous relevons des développements inquiétants mais aussi des évolutions porteuses d’espoir. Nous voulons aider sur le plan économique. Le ministre fédéral de l’Économie a parlé avec le président égyptien, dans la commission économique mixte, de ce que l’Allemagne peut apporter. Nous avons également des partenariats pour la réforme avec la Tunisie et d’autres pays, et nous souhaitons qu’ils soient fructueux.

Mais nous sommes naturellement aussi conscients des immenses difficultés. En Syrie, nous voyons quels effroyables sacrifices la population doit endurer. Je ne peux qu’appeler le président Assad, encore et toujours, à épargner à son peuple davantage de maux. L’Allemagne soutient dans ce contexte la Turquie, partenaire de l’OTAN, avec des missiles Patriot pour sécuriser la frontière. Nous espérons que le sang cessera très bientôt de couler en Syrie et que la Syrie trouvera elle aussi le chemin de l’autodétermination, comme la Libye. Nous souhaitons que ces chemins soient bénéfiques pour ces populations, malgré le grand nombre de difficultés. Nous misons à cet égard autant que possible sur des solutions politiques, sur le dialogue politique. Je ne peux qu’encourager chacun à aller vers ceux dont les idées politiques sont différentes. Nous avons fait de bonnes expériences de ce point de vue, en Allemagne. Il n’est certes pas toujours facile de comprendre que d’autres personnes aient d’autres conceptions, mais sans tolérance, la démocratie n’a aucune chance.

Puisque j’aborde cette question, j’aimerais aussi dire notre consternation, naturellement, face au conflit au Proche-Orient, qui n’est toujours pas résolu. L’Allemagne fera sa part – pour autant que nous le puissions et à chaque fois qu’on nous le demandera – pour trouver une solution à ce conflit, une solution avec un État juif d’Israël et un État palestinien. Nous croyons qu’un bon développement économique et démocratique de la région ne sera possible que lorsque nous aurons progressé à ce niveau.

Nous espérons que les pourparlers avec l’Iran seront couronnés de succès. Le programme nucléaire iranien, il faut malheureusement que je le répète ici depuis plusieurs années, reste un grand sujet d’inquiétude parce qu’il représente un grand danger pour la stabilité de la région. C’est pourquoi j’aimerais renouveler avec insistance mon appel à la transparence, afin qu’il soit clair que le programme nucléaire iranien ne sert pas des fins militaires. Malheureusement, nous n’en avons pas encore eu la preuve.

Mesdames, Messieurs, nous considérons en Allemagne que la politique étrangère et la politique de sécurité sont toujours étroitement liées à la politique de développement. Nous savons que la stabilité et la sécurité sont nécessaires et qu’elles dépendent l’une de l’autre. Il n’y aura pas de développement bon et raisonnable sans sécurité. Le développement que nous souhaitons, l’Allemagne le soutient à bien des occasions. Le ministre fédéral du Développement a un programme très clair grâce auquel nous faisons beaucoup, dans de nom¬breux pays, notamment pour aider à l’auto-assistance. Je le dis très ouvertement et, je crois, au nom du ministre compétent. Cela ne tient pas à une volonté de notre part de ne pas engager plus de moyens ; simplement, nous souhaitons parfois que notre engagement débouche avec une efficacité accrue sur des résultats. Sur le long terme, tout pays n’a d’autre possibilité que de prendre soi-même, en partie, son destin en main. Une aide doit y être apportée ; nous en sommes coresponsables. Mais il est également important que les populations locales puissent appréhender la réussite et l’utilité de cette action.

2013 marque le 40e anniversaire de l’adhésion de l’Allemagne aux Nations Unies. Nous avons siégé deux ans au Conseil de sécurité et nous avons tenté de nous impliquer à de nombreuses occasions pour contribuer au règlement des conflits dans le monde. Nous continuerons bien entendu à accompagner activement le travail du Conseil de sécurité au cours des prochaines années.

Nous sommes heureux d’être de nouveau représentés au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Nous ferons naturellement tout ce qui est en notre pouvoir – et cela concerne la politique de développement – pour progresser vers les objectifs du Millénaire et surtout pour que partout où ils n’ont pas été réalisés dans les délais prévus, ils soient du moins mis en œuvre dans un avenir proche. L’Allemagne participe en tout état de cause très activement, notamment avec notre ancien président fédéral, M. Köhler, à la discussion engagée pour un nouveau cadre susceptible d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Ce projet nous tient très à cœur.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie d’être venus et me réjouis à l’avance de la réplique du doyen. Je vous souhaite une fois encore une bonne, fructueuse et heureuse année 2013.

mercredi, 20. février 2013

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