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Discours de Mme Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne, à l’occasion de la cérémonie des vœux au Corps diplomatique

Orateur :
Angela Merkel
jeudi, 26. janvier 2012
Lieu :
à Berlin

Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Au nom de l’ensemble du gouvernement fédéral, et du ministre fédéral des Affaires étrangères en particulier, je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année et une bonne santé, et vous présente tous mes vœux de bienvenue à notre cérémonie d’aujourd’hui. Nous avons voté au Bundestag une nouvelle prolongation d’un an du mandat en Afghanistan. Le fait que nous ayons dû retarder quelque peu cette réception a donc une valeur presque symbolique. C’est néanmoins avec grand plaisir que nous vous accueillons aujourd’hui.

Je me contenterai d’esquisser quelques sujets qui nous préoccuperont cette année encore. On s’est aperçu que la situation au sein de l’Union européenne et celle autour de l’euro n’intéressent pas que nous, mais intéressent tous les habitants de la planète. En effet, notamment la grande crise financière et économique nous a montré que nous dépendons les uns des autres, que nous sommes étroitement liés. La croissance sur un continent signifie donc aujourd’hui la croissance sur un autre continent. Vous pouvez donc très bien rentrer chez vous avec ce constat : il y a une crise de la dette souveraine dans certains pays, mais nous savons que nous avons besoin de plusieurs piliers sur lesquels édifier le changement. Ceux-ci sont, d’une part, une politique budgétaire solide et durable et, d’autre part, une politique de croissance stimulant la compétitivité et, surtout, l’emploi. Voilà ce qui intéresse les habitants de nos pays.

Notre mission est également de prendre davantage d’engagements et d’instaurer une plus grande cohésion en Europe. Or, une telle entreprise ne pourra pas fonctionner sans un transfert régulier et progressif de compétences nationales à l’Europe. Un processus qui n’est pas toujours simple. Mais si nous ne pouvons pas nous fier les uns aux autres et si nous n’avons pas d’institutions européennes qui y veillent, cela ne fonctionnera pas, en particulier avec une monnaie commune.

J’aimerais vous dire ceci : le gouvernement fédéral et moi-même savons que l’Europe est notre maison. L’Allemagne, en tant qu’État nation uni, et l’intégration de l’Europe sont les deux côtés d’une même médaille. C’est également ce que disait souvent l’ancien chancelier fédéral Helmut Kohl. Nous continuerons d’œuvrer dans cet esprit. Je l’ai répété à plusieurs reprises ces jours derniers : lorsque nous avons eu la joie de célébrer le 50e anniversaire des Traités de Rome à Berlin, à la Porte de Brandebourg, nous avons dit à juste titre dans la déclaration adoptée à cette occasion : « Wir sind zu unserem Glück vereint » (Notre chance, c’est d’être unis). C’est exactement ainsi que nous l’entendons et que nous apporterons notre contribution au règlement des problèmes.

Nous sommes un pays dans lequel la dignité de l’être humain et le respect des droits de l’homme sont ancrés comme éléments essentiels dans le préambule de notre Loi fondamentale. Nous avons été d’autant plus choqués de voir que pendant plus de dix ans, d’horribles meurtres ont pu être commis en Allemagne par des forces de l’extrême droite. Vous pouvez être sûrs que nous ferons tout, vraiment tout, pour éclaircir cette affaire et pour faire en sorte que de tels événements ne se reproduisent pas.

Nous savons que l’Union européenne doit s’approfondir encore davantage. Mais nous affirmons aussi, notamment à l’adresse des pays des Balkans occidentaux, que nous maintenons la perspective d’adhésion ; nous saluons le référendum qui vient d’être organisé en Croatie. Nous nous efforçons d’aider ces pays à surmonter leurs problèmes car la perspective européenne est importante pour eux. Il faut bien entendu aussi qu’ils s’entendent bien entre eux.

Perpétuant la tradition, nous entretenons une relation étroite avec nos voisins, avec l’Ukraine évidemment, mais aussi tout spécialement avec la Russie. Nous espérons que les élections s’y dérouleront bien et de manière démocratique. Je puis vous assurer que la coopération de l’Union européenne, et de l’Allemagne en particulier, avec la Russie demeurera l’une de nos priorités.

Nous avons vu l’année dernière – il y a eu un an, jour pour jour, hier pour ce qui concerne l’Égypte et cela fait déjà un peu plus d’un an pour la Tunisie – que ce que nous appelons le Printemps arabe, c’est-à-dire une plus grande liberté, a fait son chemin. Mais nous savons aussi que des processus sûrement compliqués auront lieu. Vous pouvez compter sur le fait que l’Allemagne est à vos côtés. Quel que soit le pays concerné, nous apporterons notre contribution pour favoriser le développement de vos pays. Nous souhaitons que les droits de l’homme soient respectés en Syrie et nous soutenons au maximum tout ce que fait la Ligue arabe ces jours-ci.

Ces dernières années, j’ai dit et je dois malheureusement le répéter cette année : le programme nucléaire iranien nous inquiète. Nous exhortons encore une fois l’Iran à venir à la table de négociations et à veiller à la transparence. Les sanctions sont la conséquence de la non-négociation, du non-progrès, de la non-transparence en liaison avec le programme nucléaire.

Nous sommes très préoccupés – je le dis explicitement – de voir que les progrès concernant le conflit au Proche-Orient sont, du moins jusqu’à présent, rares, voire inexistants. L’Allemagne continuera de s’engager pour une solution à deux États, avec un État juif d’Israël et un État palestinien. Nous poursuivrons notre travail intensif dans cette voie. Nous fournirons notre contribution à tout moment dès lors que l’on aura besoin de notre aide.

Nous saluons le fait que certains développements réjouissants se manifestent sur le continent africain voisin. D’un autre côté, nous entendons également des informations en partie inquiétantes. Le partenariat entre l’Union européenne et l’Union africaine est quelque chose de très important pour nous. Et je puis vous promettre que nous vous épaulerons également cette année. Une vingtaine de pays africains ont organisé des élections durant la seule année 2011. En Europe, on pense souvent qu’il n’y a que chez nous que des élections ont lieu fréquemment. Pourtant, en Afrique, c’est la même chose. Des élections se tiendront également sous peu aux États-Unis. Nous souhaitons bien sûr que les élections prévues cette année en Afrique se dérouleront le plus pacifiquement possible, qu’elles seront transparentes et que les changements de pouvoirs seront validés de sorte que de nouveaux présidents puissent être désignés. C’est parfois un processus difficile certes, mais la démocratie est la meilleure solution.

Nous nous réjouissons des ouvertures au Myanmar et des nouveaux signaux émanant de ce pays. Nous suivons bien entendu ces évolutions et aimerions soutenir très étroitement ce pays sur la voie de la réforme dans laquelle il s’est engagé. Dans ce domaine, c’est comme pour tout : nous accompagnons ce processus à l’échelon bilatéral et, d’un autre côté, nous l’accompagnons aussi dans la politique étrangère européenne. Nous voulons naturellement renforcer et soutenir cette politique étrangère européenne.

L’Allemagne se porte de nouveau candidate à un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Nous proposons d’aider les États à progresser sur la voie d’une meilleure application des droits de l’homme. Au Conseil de sécurité des Nations Unies, nous ferons en sorte, bien sûr, d’avancer cette année encore avec une grande détermination dans ce domaine précisément.

Je suis très reconnaissante que nous ayons pu franchir de nombreuses étapes avec de nombreux États, même si cette progression est parfois très lente : vers une meilleure protection des enfants dans les conflits armés, vers une prise de conscience de la protection du climat et des ressources naturelles. Nous célébrerons cette année – au Brésil – le 20e anniversaire de la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, dite « Conférence de Rio ». Nous constaterons alors que nous avons fait des progrès, mais aussi que le progrès est encore extrêmement lent dans de nombreux domaines. Cela va lentement. Si l’on pense à la biodiversité, au changement climatique, à la protection des espèces ou à la question de la steppisation et de la désertification dans bien des régions, il est à craindre que nous soyons trop lents. Selon moi, nous devons tous veiller, ensemble, à mener une gestion économique durable et à ce que notre cadre de vie naturel puisse constamment se régénérer.

Compte tenu du fait que l’année dernière a vu naître le sept milliardième être humain, il s’agit là d’une mission éminemment importante. Nous en sommes parfaitement conscients : nous sommes maintenant sept milliards d’êtres humains sur Terre. Du temps de Konrad Adenauer, le premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne, notre planète comptait 2,5 milliards d’habitants. Les Européens sont toujours à peu près aussi nombreux, tandis que de nombreuses autres régions du monde comptent aujourd’hui bien plus d’habitants qu’alors. D’où l’importance de songer ensemble à notre avenir collectif. D’où l’importance aussi de renforcer les institutions des Nations Unies, notamment le PNUE, qui s’occupent de ces phénomènes et d’apprendre à concilier croissance et durabilité dans une « économie verte ».

Mesdames, Messieurs, nous nous réunirons cette année à Chicago pour le sommet de l’OTAN. Nous profiterons de ce sommet pour renforcer notre coopération transatlantique, émettre de nouveaux signaux et nous assurer que nous, à savoir les États-Unis d’Amérique, le Canada et les pays européens, assumons ensemble nos engagements pris au sein de l’OTAN.

L’avenir de l’Afghanistan est une question à laquelle nous travaillons intensivement. La Conférence de Bonn tenue à la fin de l’année dernière a été une étape importante. Je remercie une fois encore le ministère fédéral des Affaires étrangères pour tout ce qui a été fait dans ce contexte. Et puis, je remercie aussi le gouvernement afghan. Nous voulons parvenir à un transfert de responsabilités en matière de sécurité dans un avenir prévisible. Nous y tenons. C’est dans ce but que nous entraînons les forces afghanes. Je pense que le désir d’autonomie existe en Afghanistan. Partout où cela sera possible, nous soutiendrons également le processus de réconciliation.

Mesdames, Messieurs, le premier mois de la nouvelle année l’a déjà montré : en 2012, nous aurons aussi de nombreux problèmes à résoudre. Pour ma part, je me rends en Chine la semaine prochaine où nous discuterons de la coopération germano-chinoise. Nous avons entre-temps engagé des consultations intergouvernementales avec l’Inde. Nous avançons ainsi pas à pas. Nous voulons bien entendu soutenir tout spécialement la présidence mexicaine du G20 et œuvrer pour un monde prospère pour le plus de personnes possible.

Vous êtes au vrai sens du terme les ambassadeurs de vos pays. Voici notre message : nous aimerions coopérer dans la paix et l’amitié avec tous les pays du monde. Dans notre intérêt commun, nous orienterons notre politique en fonction des droits de l’homme, la croissance de la prospérité et du progrès pour tous. C’est dans cet esprit que je conclus en vous disant encore une fois combien j’ai de plaisir à vous accueillir. Je me réjouis d’écouter maintenant le discours de Monseigneur le Nonce.

jeudi, 26. janvier 2012

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